CRUMB – De pop et de glace

Ice Melt nous fait fondre. L’élégance chaude de la voix fluette de Lila Ramani rencontre les compositions psychés et les arrangements grelottants des musiciens Jesse Brotter (Basse), Bri Aronow (synthé) et Jonathan Gilad (batterie).

Cette joyeuse troupe forme le groupe indie Nord-Américain Crumb, qui signe un nouvel album Ice Melt (2021) aussi suave que puissant. 10 titres et 30 minutes de transport intemporel. Un voyage vers des lieux inconnus. Aucun repère spatial, le temps en suspens. L’ouverture « up and down » nous plonge dans cette atmosphère un peu inquiétante de Science-fiction. Entre le roman d’anticipation, si actuel, et les ambitions de conquêtes spatiales, tout aussi actuelles, ce premier titre, objet musical non-identifié, nous laisse perplexe. On prend de la hauteur, on côtoie les abymes spatiaux et on redescend légèrement avec « BNR », le morceau suivant, qui offre des repères si opportuns et rassurants après notre prise de hauteur. Le rythme régulier de la batterie et l’intro guitare sous un magnifique effet chorus (qui figure parmi les favoris de Crumb) contribuent à notre réconfort. Mais Crumb nous sort rapidement de cette zone de confort en nous proposant une esthétique époustouflante plus tourmentée que contemplative. Les lyrics nous laissent pantois et nous poussent à un difficile travail d’interprétation : « Hey/ Can You See/ Black and Red/ Over me/ Can you believe/ This whole thing/ What A Dream”. Le même rouge et noir que chez Stendhal et son roman d’apprentissage ? Le rouge de la passion, le noir de la mort ? On se laisse sans doute un peu trop aller à la surinterprétation car Lila Ramini explique dans une récente interview qu’elle est simplement obsédée par ces couleurs et que « BNR » n’est qu’une ode à ses deux couleurs favorites qui, dit-elle, la suivent partout et tout le temps, même dans ses rêves.

La douceur de « Seed » vient ponctuer cet album. Une virgule acidulée, ce morceau d’apparence légère mêle le tourment des guitares fuzz et la tendresse de l’alliance synthé-voix. Cet album s’écoute comme une œuvre narrative, un récit riche en péripéties et en descriptions subtiles. « Gone » offre ce paragraphe descriptif captivant. Si bien rédigé, ce titre aux élans Trip Hop et résolument lo-fi est le coup de cœur de la rédac. Il s’agit sans doute du morceau le plus pop de l’album, mais une pop psychédélique 60s, à la fois euphorique et modérée, chancelante et robotique comme en témoigne la manière répétitive avec laquelle sont délivrées ces paroles : « Counting down the days/ Counting down the days/ Counting down the days/ Counting down the days ». La transition est toute trouvée avec le turbulent intermède « Repeat ! ». A ce moment, on perçoit quelques influences ou, du moins, des sonorités familières qui rappellent quelques grands noms du mouvement psyché comme Frank Zappa ou 13th Floor elevators. 

Par surprise et en contraste avec un incipit assez angoissant, l’album se termine sur un happy end apaisant. La fougue du coloré “Balloon”, la sensualité du subtil « Tunnel » et enfin la chaleur intimiste d’“Ice melt” viennent clôturer cet album précieux où l’imprévu des morceaux vient parfaire l’harmonie d’un récit chaleureux à en faire fondre la glace.

BV

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