Pop Crimes: dans le bleu profond

POP CRIMES – Indie pop – Dream pop – Lofi – Paris (FR)
Howlin Banana – Safe in the Rain Records

Soit leur nom vous dit quelque chose soit il n’est pas loin le moment ou vous tomberez sous leur charme. Les Parisiens de Pop Crimes reviennent avec un double single « Up To The Moon »/ « There Were Smiles » (sorti le 04 Juin dernier) de quoi teinter les couleurs criardes de leur label Howlin Banana d’un dérivé IKB 191. Le bleu n’est pas glacial, quoique lunaire, mais bien flamboyant, telles les flammes de gaz. En effet, si nos oreilles s’étaient habituées à leurs « Debuts » très prometteurs et cadencés, le groupe propose aujourd’hui une lecture Lo-fi différente, peut être plus complète et attendrie. Pour l’occasion, Jurassic pop se propose ici de rentrer dans leur intimité !

Jurassic Pop: Hello Pop Crimes ! Un grand bravo pour ce nouvel opus et cette nouvelle version de vous même. A l’écoute, on imagine parfaitement McRobbie et Mitchell (The Pastels) se saisir des lyrics puis Liam (Oasis) ou Molly (Alvvays) prendre le pas sur les guitares. On y ressent aussi parfois une profonde saudade, à la limite de la mélancolie type Daniel Johnston. ça vous parle un peu ce genre de Pop ?

Pop Crimes: Hello Jurrasic Pop ! (Super nom d’ailleurs ) Mise à part Alvvays peut être, tu viens de citer 3 groupes et styles que l’on écoute beaucoup ! On aime à la fois la pop éthérée des Pastels ou de groupes type Felt, The Loft ou encore des Chills, ainsi que la force des guitares et des refrains d’Oasis ou des Stones Roses et puis oui la mélancolie un peu déprimante mais pourtant hyper revigorante de Daniel Johnston ou d’Eliott Smith  ! 

JP: On note une petite différence dans la direction artistique entre “Debuts” (Ep) et “Up To The Moon” (Nouveaux Singles). Dans les lyrics, on parle davantage au passé plutôt qu’au présent; il y a notamment une relation particulière avec l’éphémère plutôt que l’éternel du premier EP (Always Lover, Goes). Changement notable également, on quitte le soleil (The Sun) pour la lune (Up To The Moon). Les couleurs chaudes surexposées de Vincent Trouillard pour le bleu profond de Melvin Ghandour. Côté Mastering, on quitte le mono pour quelque chose de plus stéréo. Comment expliquer cette version à la fois plus intime et pourtant plus spatiale de Pop Crimes ?

Merci pour cette question qui est d’une belle précision ! Alors on ne sait pas si tout a été vraiment intellectualisé et si ce n’est pas l’inconscient collectif du groupe qui nous a lancé sur cette voie. Mais tu as raison de noter tout ça. Ce qui est sûr c’est que nous avions enregistré les quatre premiers titres très rapidement pour sortir quelque chose au plus vite. On avait besoin de cette matière pour avoir le sentiment d’avancer. On voulait avoir les moyens de faire plus de concerts et plus de tournées. C’était un peu une période où tout le monde dans le groupe avait besoin de tourner une page. On s’est donc réellement construit en tant que groupe suite à la parution de l’EP chez Howlin Banana avec notre série d’une dizaine de concerts pendant l’hiver 2019/2020. A ce stade là, on peut dire que l’on avait déjà pas mal grandi et changé de cap. Le Covid-19 n’a finalement fait qu’accentuer encore un peu plus ce sentiment, il nous a permis de nous retrouver au calme dans une bulle de créativité et de partage. Ceci dit, Up To The moon et There Were Smiles sont particulièrement différentes des morceaux de l’Ep « Debuts »  ou même des nouveaux que vous ne connaissez pas encore, car nous n’arrivions pas à les intégrer à l’album qui est lui-même en cours d’enregistrement. Il est possible que la différence soit moins radicale lorsque l’on sortira le 10 titres. Mais nous verrons ! 

En tout cas pour ce qui est du passage entre le soleil et la lune et du jour pastel à la nuit profonde et calme c’est très juste et cela correspond tout à fait à cette année 2020 que l’on a passé à nos fenêtres la nuit, à écouter la ville qui s’était éteinte. Mais aussi en studio, enfermés mais un peu plus libres finalement, à laisser vagabonder nos imaginations. Enfin, pour le mastering, nous avons fait appel à Étienne Colin, qui est un sacré tueur (rires) et qui a aussi du très bon matériel. On avait aussi également enregistré avec de bons amplis et des très bons instruments, qui appartiennent au studio où l’on a travaillé et j’imagine que c’est tout cet ensemble de choses qui a fait la différence ! 

JP: On a parfois des semblants d’électricité qui rejoignent les compositions. On croirait entendre un mélange de boîte à rythme type Boss Dr ou un semblant de synthé Casio chorusé qui effleure l’outro ou l’intro des singles. Les chœurs sont aussi parfois nappés et chantés à l’unisson. Les deux morceaux sont pourtant très acoustiques, velvet (drums/ guitares folks). C’est aussi nouveau chez vous non? Une façon pour vous de rendre les références du passé plus actuelles peut-être ? Un premier pas vers un futur synthé dans le groupe ?

Il y a effectivement une boite à rythme sur les deux morceaux, une Roland 505 ! On l’a réampée dans les deux cas sur un ampeg SVT 3 avec un cab 8×10, pour donner un peu plus de corps puis on a doublé les cymbales à la main sur Up To The Moon et Morgane a rejoué entièrement la batterie sur la boite à rythme sur There Were Smiles. L’idée était d’avoir un son à la fois un peu plus produit, mais qui frise toujours avec le Lo-fi. On a également joué du Rhodes et du Juno sur Up To The Moon. A priori l’idée d’un synthé sur scène n’est pas d’actualité mais en studio on compte continuer dans ce sens là oui ! L’idée de tout ça était plutôt le fait d’essayer de nouvelles choses, de sortir du cadre dans lequel on avait commencé. Espérons que cela nous ai libéré pour la suite, mais il y a de fortes chances  ! 

JP: Nouvel Opus mais même label: Howlin Banana ! On en a vu des groupes de qualité signer récemment sous cette appellation (Hoorsees, Special Friend, Unschooling etc.). La ligne directrice nous plait énormément. On pourrait même dire que se dessine derrière la banane aux lunettes noires un réel sous genre typé pop indé, pop à guitares. Est ce que vous avez ce même ressenti en interne (le genre Howlin ?) ?

(Rires) C’est vrai que ça pourrait être bien ça, le sous genre Howlin ! Et en effet c’est vrai et ce qu’il y a de bien c’est qu’aucun groupe ne se ressemble totalement mais qu’il y a quand même une forte homogénéité globale. En tout cas c’est, à nos yeux, ce qui fait la force du catalogue d’Howlin Banana, dont on est très heureux de faire partie ! Mais l’autre force qu’il a aussi, c’est de bosser avec d’autres personnes et d’autres labels, comme Safe In The Rain dans notre cas . Cela permet de rester frais, et d’avoir une belle régularité de sortie, ce qui est profitable tant pour les groupes que le public ! On profite d’ailleurs de ce petit encart publicitaire pour faire un coucou à Tom, Loïk et Julian, et de les remercier encore une fois pour leur confiance ! 

JP : Sur votre prochain Opus, vos cheveux seront-ils encore plus longs ? (rires) Non sincèrement on doit s’attendre à quoi venant des crimes de la pop, on parle sorties … une tournée ? Dans tous les cas Jurassic Pop répondra présent !

(Rires) Quentin les a coupés il y a deux semaines, Nico aussi, il ne reste plus que Romain et Morgane mais ça commence à demander beaucoup d’entretien là … Alors, on joue un peu cet été, u Trabendo-Sonic le 23 juillet avec Hoorses comme vous le savez et aussi au Festival “Freaks Pop” à Angers et au Bras de Fer à Nantes le week-end prochain ! On compte jouer cet Automne/Hiver aussi, avec pourquoi pas des petits week-ends de 2/3 dates à gauche à droite ! De cette manière ça nous permettrait de jouer le week-end et de finir l’enregistrement de l’album, déjà bien avancé ceci dit, la semaine ! Pour les dates de sortie c’est encore un peu flou, mais ça devrait se préciser très vite 

JP: On vous laisse le mot de la fin. Un coup de cœur particulier (peinture, musique, cinéma, …) ? Un groupe qu’il vous faut taire au plus vite ? (après tout, c’est vous Pop crimes).

Romain : J’ai eu un coup de cœur pour la série The Deuce qui montre toute la violence (sociale, sexuelle et morale) de l’époque mais aussi la beauté et la liberté des années 70 à New York. Extrêmement inspirant ! 

Morgane : Petit coup de cœur pour les mignons de Tapeworms qu’on a vu avec Quentin sur la terrasse du Trabendo la semaine dernière. Il y a un beau savant mélange de pleins de références remâchées des années 90 dance, grunge saupoudrées par la culture kids super-technologique-japan-style d’aujourd’hui. Je trouve que cette mixture apporte une belle fraîcheur dans la scène Indie. Ce sont les petits poulains sur lesquels je miserai 🙂

Nico : Wilco est un groupe que je suis de prêt depuis quelque temps. Que ce soit leurs disques 90’s situés quelque part entre americana indé et pop anglaise ou leurs albums plus récents (plus cinématographique), j’y trouve toujours un repère d’influence très enrichissant. 

Quentin : J’ai récemment découvert Veik : un groupe de Caen signé chez Fuzz Club. Ils font du bon gros post-punk comme on aime et j’ai hâte de voir ce que ça donne en live, on joue avec eux le 17 juillet au Freaks Pop Festival !

JP: Super, en voila de belles découvertes ! On va creuser tout ça ! Bonne continuation pour la suite, on se voit très bientôt … au Trabendo qui sait !

THE CATENARY WIRES – Une nouvelle vague folk/pop sur les falaises de craie

The Catenary Wires -Indie pop – Twee pop

A la première écoute, Birling Gap sonne comme une bande originale d’un film français de la fin des années soixante-dix ayant très bien vieilli. Pourquoi pas un film moderne et énigmatique tendance nouvelle vague ou un Road Movie à la narration rigoureuse.

« Face on the rail Line » possède toutes les composantes de la ballade vagabonde 70’s. Le morceau se structure autour d’une partie vocale composée avec finesse, les backing vocals offrent un ornement planant soutenu par une ligne de basse dynamique et d’une partition à l’orgue qui complète les contrechamps fugaces de la guitare et de sa reverb. 

Malgré ces références à un passé toujours idéalisé mais révolu, cet album est marqué par une véritable modernité. Les arrangements sophistiqués, les voix précises et émotives ainsi que les mélodies aux tonalités complexes en sont la preuve. Cette modernité, on la retrouve sans peine dans leur single « Mirrobal », un titre profondément indie pop ponctué par quelques accents folks. Ce jeu de questions-réponses entre les deux leaders/chanteurs du groupe Amelia Fletcher et Rob Pursey laisse un sentiment de fausse innocence et de joie pourtant empreinte de tourments. Ce morceau catchy conte le récit du flirt à une fête dansante entre deux potentiels amoureux divorcés. On imagine très bien cette scène mise en image par un Jacques Demy ou un Jean-Luc Godard qui utiliseraient des couleurs primaires vives… si pop, en rappel à une modernité exaltée. La ligne mélodique à la trompette (un chouya cheap et naïve) renforce cette analogie.

Il y a aussi chez The Catenary Wires l’évocation de paysages côtiers. Birling Gap, ce sont les falaises de craie des Seven Sisters qui se situent dans le sud de l’Angleterre. Un panorama à la fois romantique, d’une douceur marine mais aussi impressionnant que vertigineux. Le titre « Alpine » évoque ces contrastes, une randonnée sur les falaises blanches du Sussex, une prise de hauteur, des contemplations et parfois des vertiges. Ces promenades maritimes peuvent aussi nous faire penser à leurs collègues transmanche de Pastel Coast (qui partagent d’ailleurs le même label Shelfife que nos protagonistes anglais). Quelques parallèles sont tentants ; par certains aspects, on retrouve des correspondances entre « Cinematic » ou « Mirroball » avec les titres « Dial » ou « Helios » de nos français de Pastel Coast qui figurent sur leur dernier album Sun

Avec « Like the Rain », on quitte l’ambiance des films de Godard pour ceux de Claude Sautet et leurs narrations autour des choses de la vie (Claude Sautet, 1970, avec la musique de Philippe Sarde). Comme la pluie, c’est cette simplicité merveilleuse du quotidien qui oscille entre espoir et routine. Quoi de plus poétique et métaphorique que la pluie qui tombe ? Celle qu’on observe depuis l’intérieur comme une introspection ? Cette contemplation, plutôt passive, est vite rompue par l’électronique et surprenant Liminal, l’extrait le plus dream pop de l’album. Encore une fois, un morceau moderne, un gimmick simpliste et tellement efficace au synthétiseur qui supporte l’habillage lo-fi des guitares reverb et des vocals se baladant par intervalles entre les octaves.

Chaque titre de Briling Gap est rigoureusement structuré. On retrouve un traditionnel enchaînement couplet/ refrain/ pont qui prouve que The Catenary Wires ne laisse pas grand-chose au hasard. Extrêmement bien ficelé et prodigieusement arrangé, cet album est un véritable coup de cœur de la rédaction que l’on écoute avec grand plaisir de part et d’autre de la Manche.

BV

Pour suivre The Catenary Wires:

MNNQNS – Fer de lance de la Pop made in France

MNNQNS – INDIE ROCK – PSYCH POP

MNNQNS montre depuis 2013 que Rouen,  capitale du rock, tient bon la route. Du haut de sa cathédrale, le groupe domine les contrées de la pop moderne et défie quiconque voudra bien pénétrer son royaume. “All I need is you tonight »,  leur dernier single, ne vient que conforter le statut du groupe largement établi.

MNNQNS est un projet caméléon qui a la capacité de se renouveler sans cesse. Paradoxalement,  le groupe est identifiable au premier son de cloche. La pop est psychédélique et enthousiaste; et le rock acéré; tantôt chaud et dissonant, tantôt froid et noisy. All I need is you tonight dévoile en ce sens un nouveau MNNQNS que l’on connait déjà. Si comme à leur habitude, la voix machinique d’Adrian D’Epinay participe à l’articulation de la rythmique accompagnée d’un duo basse batterie solide, linéaire et chaleureux;  les guitares quant à elles, finement aiguisées, se mêlent jusqu’à rappeler les citoles médiévales (rien que cela!), portant fièrement l’oriflamme de la ville aux cent clochers.

Nombreux sont les groupes qui se servent du passé pour écrire leur histoire mais peu sont assez habiles pour en dépasser le genre. MNNQNS en a fait son terrain de jeux, voyageant à travers les âges au cœur d’une pop pourtant très actuelle. Avec All I need is you tonight, on est loin du vintage qu’on a l’habitude de chiner dans les friperies 80’s/90’s. On est bien plus dans le culte de la médiévalité magnifiquement repris par le réalisateur du clip: Florent Dubois. Le cinéaste est d’ailleurs à l’origine de nombreuses vidéos du groupe, faisant pour chacune d’entre elles, tomber les codes du genre cinématographique (“desperation moon”, “if only they could”.. ). Réel  cinquième homme du projet MNNQNS, Dubois assure au single pop, entraînant, et magnifique, une direction artistique originale, qui colle parfaitement au groupe. Derrière l’objectif de ses machines, perdu dans le château de Bonnemare (Normandie of course), Dubois nous livre en demie teinte, des ambiances “ghost manor” entre brume et nuit noire. Les références symboliques s’enchaînent: labyrinthes projetés façon cathédrale, portraits d’antan de la Famille Adam, Sieurs de Courville et de Bonnemare .

Entre fumées et feux, MNNQNS se prête le temps d’un instant, au jeu de la scène pour un single réussi! Non vraiment dans la bande D’Epinay, il n’y a jamais rien à jeter. Tu appuies sur “repeat” et tu laisses parler la ville qui jamais ne capitule.

QI

Credit Photo:Julie Jarosz
Credit Video: Florent Dubois

DUDE LOW – Avant centre sur les pelouses de la Pop Moderne

Indie Pop – [Black or white feat Luha]

Certainement l’un des meilleurs buteurs de la très belle saison du Stade Rennais, Dude Low s’impose sur les pelouses de la Pop moderne à coup de gros chorus. Échappé des Born Idiot, Lucas Benmahammed tue l’ennuie du printemps, celui que l’on regarde depuis les fenêtres pluvieuses, par des mélodies puissantes et addictives. 

Le premier single « Vila Real » donnait en 2019 le coup d’envoi d’un projet artistique pas si idiot que cela. Pop à guitare, Pop à chill, mêlant avec habilité des sonorités tantôt Jazz, tantôt eighties dans un flow pourtant moderne et électrique. En 2020, avec l’EP « My Days in Cosmos » Dude low transformait l’essai, dépassant le statut de side project: la pop est éclectique mais identifiable, personnelle, au combien solide. Depuis, l’hyperactif, roi de l’ennui, continue le training en signant début 2021 deux magnifiques singles. Si l’ambivalence des tiraillements de voix de Benmahammed sur le slow tempo de Post party blue avaient retenu notre attention, c’est finalement Black or white en featuring avec Luha qui nous a laissé sans voix, ou presque !

Pendant 3 minutes 45 Dude Low juxtapose avec intelligence des morceaux bien distincts, trouvant pourtant leur place dans une seule et même track: l’ouverture synthétique est anxiogène, déliée par un couplet smooth et un refrain libérateur. Le jackson de la pop indé, nous montre ainsi avec ce titre, que rien ne semble figé: les lyrics percutantes vont d’ailleurs en ce sens: « nothing is black or white » !

Le Prince du cool laisse pourtant peu de place au hasard. Le live mixé par Paul Rosalie au jardin moderne en est une belle illustration. Le projet est maîtrisé, cohérent, tant dans les choix de structures du morceau que dans les arrangements sonores: delay finement ajusté, caisse claire à demie feutrée, charley jazzy, réverbe profonde mais qui laisse à la voix toute sa place. Il est certain qu’avec un single tel que Black or White, Dude Low s’impose de la tête dans les arrêts de jeu et c’est tout le Roazhon Park qui résonne. On a hâte de retrouver Benmahammed en Ligue Europa Conférence, avec un premier album dans les oreilles du monde courant 2021.

QI

Benjamin MIALOT – Programmateur – Les 4 Ecluses

Mars 2021 – Dunkerque

Chaque mois la rédac fait le portrait d’une personnalité de la filière musicale: Programmateur/rice, Tourneur/euse, roadie, photographe, videaste, ingé son, Jurassic Pop donne la parole aux professionnels de la musique; autant d’hommes et de femmes qui dans l’ombre des backstages défendent avec ferveur le genre pop ! On retrouve ici Benjamin Mialot, programmateur aux 4 Ecluses, Dunkerque.

Hello Benjamin, tu nous parles un peu de ton parcours dans la filière musicale ?
J’ai su dès le lycée que je voulais être programmateur, mais le hasard m’a emmené vers la critique musicale. Pendant de nombreuses années à partir de la fac, j’ai été pigiste pour divers magazines (Les Inrocks et Jalouse en tête), rédacteur en chef d’un journal culturel régional (Le Petit Bulletin à Lyon), mercenaires pour des labels, festivals et tremplins nationaux… Avant que je ne me décide à plaquer l’écriture pour revenir à mon objectif premier, en profitant d’une période d’inactivité pour me lancer en solitaire dans l’organisation de concerts DIY (Les Briques du Néant, à Lyon, une soixantaine de concerts en 2 ans et demi). A bientôt 38 ans, la suite s’écrit depuis le 13 avril 2018 aux 4Ecluses.

Qu’est ce qui fait la diff lorsque l’on vient aux 4 Ecluses ?
Tout ! Blague à part, pour commencer, ce qui m’a séduit quand j’y ai mis les pieds pour la première fois : Les 4Ecluses n’est pas une de ces boîtes noires sans âme que les collectivités font sortir de terre à la périphérie de leurs communes, sur un parking coincé entre une entreprise de salaison et un magasin de meubles. Je caricature, mais tu vois l’idée. C’est une ancienne poudrière de la fin du XVIIe, aux épairs murs voûtés et logée sur un îlot artificiel. Il y a de l’eau, de la verdure, des cormorans, des souterrains, des bunkers… Bref, c’est un club qui a un cachet, un vécu, un environnement, et ça fait déjà une sacrée différence en terme d’expérience. Et puis il y a ce qu’on met derrière chaque date : de l’engagement. Je ne vais pas te réciter le projet porté par l’association qui gère l’équipement, mais disons, au-delà du jargon des politiques culturelles, qu’on porte une forte démarche de différenciation par rapport à ce qui est proposé sur l’agglomération lilloise. Et je pense, j’espère en tout cas, que cela se ressent dans nos choix artistiques, dans l’ambiance qui règne dans le lieu, dans la responsabilité (citoyenne, environnementale, territoriale) qu’on fait nôtre au quotidien.

On passe quoi comme genre de Pop chez toi?
Il faut savoir que Dunkerque est un territoire qui n’est pas intrinsèquement bienveillant vis-à-vis de la musique indé. Et pour cause : c’est une ville post-industrielle, avec beaucoup de chômage, et dont les jeunes ont tendance à s’éloigner dès que leurs études leur en donnent l’opportunité. Quand on fréquente des concerts de manière un peu intensive, on se rend vite compte qu’il est des musiques plus « citadines » que d’autres. C’est le cas de la pop (mais aussi, par exemple, du garage et d’une partie de la musique électronique), qui est l’apanage de jeunes actifs et étudiants éduqués, curieux et connectés – en gros, des Lillois. A Dunkerque, comme dans bien des territoires similaires, on va trouver plus facilement des publics sensibles aux musiques extrêmes et, pour le dire vite, aux musiques festives (reggae, ska, fanfares…). Pour y avoir vécu, on peut opérer le même genre de distinction entre Lyon et Saint-Etienne par exemple. Tout ça pour dire que programmer de la pop ici, c’est une gageure. Ceci étant, ce n’est ni notre envie ni notre mission de nous contenter d’être là où on nous attend. Depuis mon arrivée il y a 3 ans, on a ainsi pu entendre de la pop sophistiquée (Weyes Blood), de la pop à fleur de clavier (Chris Garneau), de la pop avec carte de réduction Grand Voyageur (Cannibale), de la pop du grand large (Requin Chagrin), de la pop rétrofuturiste (Forever Pavot)… Et on peut en découvrir diverses nuances estivales, à l’occasion de notre mini-festival-de-presque-fin-de-saison (La Fête de L’îlot), ou hivernales, dans le cadre de We Will Folk You, notre festival consacré à l’americana mais pas que.

C’est quoi le live le plus fou que tu aies programmé ?
Un été, on a fait jouer sur le toit de la salle La Jungle, duo belge qui produit une espèce de kraut rock technoïde irrésistible. Pour le coup, c’était vraiment fou. Le public la tête en l’air, le groupe qui transpire sous l’enseigne… Mais des concerts mémorables, vu/malgré mon volume de sorties annuel, j’en ai plein en tête. Ça tient parfois à un contexte, comme quand on a programmé le cultissime et assourdissant duo noise Lightning Bolt au skaterpark, ou les virtuoses psyché de Slift dans un musée d’art contemporain. Ça peut tenir à la qualité intrinsèque du projet bien sûr. Je pense à Pom Poko, un incroyable groupe norvégien qui évolue aux confins d’une indie pop adolescente et du math rock le plus abrasif, aux machines
à tubes garage Bad Nerves et Radioactivity, à Will Haven, petite légende metal qui n’a jamais réussi à s’extirper de l’ombre de Deftones… Mais aussi à Pup, Emma Ruth Rundle, Weyes Blood, Cancer Bats, Psychotic Monks… Ça tient parfois à la réaction du public, comme avec les Rumjacks, un groupe de punk celtique dont les chansons à boire me dégrisent plus qu’autre chose, mais bon, voir des dizaines de personnes s’éclater, c’est forcément très satisfaisant – et c’est quasiment toujours le cas sur nos dates rap, très orientées kids. Et parfois, ça tient à un désastre, comme dans le cas des Detroit Cobras, dont la chanteuse et la bassiste se sont mis une cabine à l’éther et au gin avant le show – à l’arrivée, concert minable, avec le tour manager qui m’engueulait parce que je n’avais pas assez bien caché l’alcool. Et si je remonte à mes années DIY à Lyon, la liste est encore plus longue, conditions plus précaires et intimistes obligent. Le concert de Johnny Mafia où on m’a pété une dent dès le premier slam, celui du mythe grindcore An Albatross et son chanteur marathonien, celui de Kelley Stoltz qui se termine en karaoké sur Psycho Killer, celui de la diva harsh noise Pharmakon, celui de The Pinheads, excentriques Australiens dont le chanteur a fini au micro en slip avec mon meilleur pote ivre en train de lui mettre des fessées, celui de The Younger Lovers et son frontman/forceur qui essayait de me pécho dès qu’on se retrouvait seuls, celui de Pneu, organisé du jour au lendemain dans une salle de danse pas vraiment identifiée par les fans de math rock épileptique, celui de Teenage Bottlerocket, où j’avais fait entrer, en plein été, 110 personnes dans un bar jaugeant à 80 – résultat, les fusibles de tous les amplis qui sautent au rappel. Je pourrais presque tout citer tellement j’étais investi émotionnellement dans cette petite affaire clandestine.

Et dans le monde d’après, tu vois comment les 4 Ecluses et la programmation musicale en générale ?
C’est une question qu’on se pose beaucoup au fil des visio syndicales, fédérales, européennes… qui occupent l’essentiel de mes journées depuis quelques temps. Personnellement, je suis plutôt pessimiste. Je crains, déjà, que le monde d’après ne soit pas plus vertueux que celui d’avant. Côté live, quelques voix se sont élevées pour appeler à une mise à plat de nos pratiques, à s’orienter vers des programmations plus durables, moins concurrentielles, moins inflationnistes… Je crois surtout que tout le monde va se tirer encore plus la bourre à la reprise – la vraie, celle sans contraintes sanitaires, qu’il n’est plus la peine d’attendre avant 2022. La question est de savoir si le public, et notamment le public occasionnel, reprendra le chemin des concerts après un an voire deux ans de binge watching et de gaming intensif – on sait comme les habitudes se prennent et se perdent vite. Enfin, il est possible que les partenaires publics finissent par nous refacturer leur soutien. Pour l’heure, les subventions sont maintenues, des aides sont débloquées pour maintenir nos emplois et compenser nos pertes d’activités. Mais je me fais peu d’illusions sur l’identité du secteur qui se fera saquer quand il faudra éponger les dettes de la pandémie… Je digresse un peu, mais c’est important, la programmation, ce n’est pas seulement de la veille, du feeling et de la gestion de calendrier, c’est évidemment aussi une question de pognon. En ce qui concerne Les 4Ecluses, on est en train de tirer les enseignements de cette sinistre période. Et la bonne nouvelle, c’est qu’ils confortent plusieurs axes du projet associatif et artistique qui charpente notre activité. Par exemple nos préoccupations environnementales, ce qui va nous conduire à inscrire certains principes dans notre « code » de programmation : plus de one-shots, plus de routings tracés en dépit du bon sens énergétique, encore plus de soutien à la scène régionale (dans une logique de circuit court)… Par ailleurs, nous faisons parti des convaincus que la musique ne suffit plus. On ne se pose pas la question de savoir si c’est bien ou mal. On constate simplement que, d’un côté, elle est un bruit d’ambiance, et de l’autre, un prétexte à la fête. Manière de dire qu’un concert aujourd’hui a besoin d’être éditorialisé, augmenté, bref de créer l’événement car il n’en est plus un en soi – sauf pour les dinosaures de mon espèce. Cette crise a de fait été l’occasion pour nous d’expérimenter de nouvelles formes de monstration, par exemple des concerts « zéro électricité », ou des balades à vélo ponctuées de concerts secrets, et d’autres belles choses dont je ne peux parler car nous avons dû les annuler avant même de pouvoir les annoncer. Bref, même si on sera immensément heureux de retrouver notre salle, on ne manque pas d’idées pour en
repousser les limites.

Un coup de cœur Pop pour finir sur une bonne note ?
Un seul ? C’est mal me connaître haha. Je vais me limiter à trois, piochés dans mes dernières écoutes Spotify. D’abord, comme je suis un sucker pour tout ce qui me rappelle l’indie des années 90, le dernier album de Kiwi Jr, quatuor canadien qui ravive la glorieuse nonchalance de Pavement, mais avec un souci d’efficacité mélodique plus évocateur des Feelies. En clair : c’est sardonique, c’est catchy et ça rythmera parfaitement vos futurs road-trips vers des horizons déconfinés. Ensuite, comme je suis aussi un sucker pour tout ce qui relève de l’americana, le premier album de P’tit Belliveau, Greatest Hits Vol.1. On est encore au Canada, mais cette fois en Acadie, et c’est ce qui fait une partie du charme de ce disque : il est chanté en chiac, la langue locale, qui mélange dialectes amérindiens, anglais et français, avec un accent encore plus prononcé que le québécois. Passé cet imbitable particularisme, c’est un disque qui revisite les musiques traditionnelles de l’Amérique du Nord (folk,bluesgrass, country…) en y greffant du hip-hop et du slacker surf. Et c’est putain de frais, on a parfois l’impression d’entendre Mac Demarco se donner du courage pendant qu’il pose une voie de chemin de fer. Dans la démarche, ça rappelle ce que faisaient les Suisses de Mama Rosin avec la musique cajun, mais avec un banjo plein de reverb à la place de l’accordéon – et maintenant que j’y pense, on pourrait qualifier de pop jurassique cette démarche mi-archéologique mi-radiophonique. Et pour finir, Phoenix : Flames Are Dew Upon My Skin, le quatrième album de Eartheater. On reste dans le songwriting, mais cette fois dans le songwriting du troisième type, entre pop orchestrale, folk dissonant et collages expérimentaux. Ne pas s’arrêter à la pochette, qui figure cette mystérieuse musicienne américaine ornée d’ailes démoniaques en train de se faire arroser le cul d’étincelles – la première fois que je l’ai vue, j’ai cru que c’était pour un tribute à 666. Sous peine de passer à côté d’une stupéfiante élégie des amours qui finissent au bûcher.

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QI/ BM

CRUMB – De pop et de glace

Ice Melt nous fait fondre. L’élégance chaude de la voix fluette de Lila Ramani rencontre les compositions psychés et les arrangements grelottants des musiciens Jesse Brotter (Basse), Bri Aronow (synthé) et Jonathan Gilad (batterie).

Cette joyeuse troupe forme le groupe indie Nord-Américain Crumb, qui signe un nouvel album Ice Melt (2021) aussi suave que puissant. 10 titres et 30 minutes de transport intemporel. Un voyage vers des lieux inconnus. Aucun repère spatial, le temps en suspens. L’ouverture « up and down » nous plonge dans cette atmosphère un peu inquiétante de Science-fiction. Entre le roman d’anticipation, si actuel, et les ambitions de conquêtes spatiales, tout aussi actuelles, ce premier titre, objet musical non-identifié, nous laisse perplexe. On prend de la hauteur, on côtoie les abymes spatiaux et on redescend légèrement avec « BNR », le morceau suivant, qui offre des repères si opportuns et rassurants après notre prise de hauteur. Le rythme régulier de la batterie et l’intro guitare sous un magnifique effet chorus (qui figure parmi les favoris de Crumb) contribuent à notre réconfort. Mais Crumb nous sort rapidement de cette zone de confort en nous proposant une esthétique époustouflante plus tourmentée que contemplative. Les lyrics nous laissent pantois et nous poussent à un difficile travail d’interprétation : « Hey/ Can You See/ Black and Red/ Over me/ Can you believe/ This whole thing/ What A Dream”. Le même rouge et noir que chez Stendhal et son roman d’apprentissage ? Le rouge de la passion, le noir de la mort ? On se laisse sans doute un peu trop aller à la surinterprétation car Lila Ramini explique dans une récente interview qu’elle est simplement obsédée par ces couleurs et que « BNR » n’est qu’une ode à ses deux couleurs favorites qui, dit-elle, la suivent partout et tout le temps, même dans ses rêves.

La douceur de « Seed » vient ponctuer cet album. Une virgule acidulée, ce morceau d’apparence légère mêle le tourment des guitares fuzz et la tendresse de l’alliance synthé-voix. Cet album s’écoute comme une œuvre narrative, un récit riche en péripéties et en descriptions subtiles. « Gone » offre ce paragraphe descriptif captivant. Si bien rédigé, ce titre aux élans Trip Hop et résolument lo-fi est le coup de cœur de la rédac. Il s’agit sans doute du morceau le plus pop de l’album, mais une pop psychédélique 60s, à la fois euphorique et modérée, chancelante et robotique comme en témoigne la manière répétitive avec laquelle sont délivrées ces paroles : « Counting down the days/ Counting down the days/ Counting down the days/ Counting down the days ». La transition est toute trouvée avec le turbulent intermède « Repeat ! ». A ce moment, on perçoit quelques influences ou, du moins, des sonorités familières qui rappellent quelques grands noms du mouvement psyché comme Frank Zappa ou 13th Floor elevators. 

Par surprise et en contraste avec un incipit assez angoissant, l’album se termine sur un happy end apaisant. La fougue du coloré “Balloon”, la sensualité du subtil « Tunnel » et enfin la chaleur intimiste d’“Ice melt” viennent clôturer cet album précieux où l’imprévu des morceaux vient parfaire l’harmonie d’un récit chaleureux à en faire fondre la glace.

BV

STRAY FOSSA – Et la lumière fut !

Credit photo – Stray Frossa – Avril 2021

Le voilà ! Le tant attendu premier album de Stray Fossa. “Orange days” et “How come?” sortis il y a quelques mois, nous avaient mis l’eau à la bouche. Aujourd’hui, l’album With you forever tient bien toutes ses promesses. 

Le trio, originaire de Charlottesville, nous livre un 10-titres envoûtant. Mêlant optimisme et hédonisme, cet album repousse les limites conventionnelles de l’Indie Pop car l’ambiance y est singulière. Elle est bercée entre des sonorités ensoleillées surf music à la Real Estate et des inspirations psychés kaléidoscopes façon King Gizzard & The Lizard Wizard. Il y a une véritable homogénéité dans ce With you forever. La trame narrative et musicale de cet album est marquée par le rappel des rythmes syncopés à la batterie (sur « Orange Days » ou « Much for Us » notamment), par l’utilisation d’effets chorus (sur « How come ? » ou « Hypocrite) mais également par une voix lo-fi authentique. D’un autre côté, chacun des dix titres de cet album trouve sa propre identité.

Ainsi, « Hypocrite » ouvre le bal et écarte les nuages lourds et gris de la période hivernale pour laisser place à un soleil léger et enivrant. On distingue, entre les claps et la ligne de basse rebondie, les plages de sable fin du Somersault de Beach Fossils. Les passages acoustiques aux accords folk dépourvus d’effets apportent une douce allégresse et complètent les effusions brumeuses des distorsions et des réverbes. Ce titre lumineux, à la composition remarquable, n’est qu’un incipit d’une œuvre dense d’une quarantaine de minutes.

Le « Bright Ahead » qui suit nous aide à entrevoir une lumière au bout du tunnel qui prédit ainsi que les mauvais jours finiront. Cette lumière est le symbole continuel de cet album. Au milieu de ces scintillements, c’est « Orange Days » qui rayonne vivement. Ce titre est un joyau poli par des arrangements soigneux et des lyrics percutantes débordantes d’espoir et d’optimisme : « My sun’ll rise, and I know/ It’s not much longer now/ Somewhere begins a future ». Ce morceau, entraînant et rythmé, est à l’image de la couleur orange et de sa symbolique qui renvoie à l’hédonisme : le mouvement, la joie et le plaisir. Mais cet optimisme est incrédule et complexe et se manifeste dans la délicatesse de la composition. Une intro fuzzy, des couplets très pop et un refrain dreamy qui prouve que les ondes lumineuses et positives sont parfois fragiles. Il convient alors de garder le cap, malgré une légitime impatience: « I can’t help waking up/ To dream to orange days ». Les parties instrumentales proposent un magnifique  imbroglio. La basse, jouant des octaves, culmine au-dessus des nombreux effets de mixage (delay et reverb) et vient progressivement enchaîner des notes rassurantes. 

Si With you forever est un album lumineux et solaire, on apprécie également ses nuances fines. « How come ? » témoigne de ce contraste. Le quatrième titre de l’album a quelque chose de plaintif. Une légère élégie dominée par des questionnements multiples : « Did you still wanna go ? » « At our best we’re still wrong ? ». Le doute est porté par une voix langoureuse et savoureusement trainarde que l’on retrouve quelques morceaux plus tard avec « Wish I could Stay », le véritable extrait dream pop de l’album. 

Le dernier morceau « Something Sound » offre, en quelque sorte, un récapitulatif. Une synthèse presque méditative de plus de cinq minutes. Adapté au tempo modéré et aux mélodies sobres des guitares, ce final est plus intimiste. Une dernière excursion aux chemins changeants, avec d’abord un passage clair et pur aux guitares mélodieuses et à la basse apparente, puis une portion ouatée aux effets vocaux lo-fi joliment confus. 

La maîtrise de la nuance est frappante et témoigne de la grande qualité de cet album qui se termine avec humilité. Ils sont rares ces premiers albums aussi aboutis. Profitons et restons un moment avec Stray Fossa pour célébrer le Printemps et le retour à des jours véritablement lumineux. 

B.V

Pour suivre Stray Fossa:

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strayfossa

LUHA, Impératrice d’une Dream Pop à la French Touch

LUHA – Dream pop – Credit Artwork Vincent Trouillard

Il est de coutume pour les groupes made in France d’emprunter aux Anglais les notes et les mots. Tantôt pour marquer au fer rouge l’influence d’outre manche, tantôt par simple effet de style. LUHA n’est pas de ceux-là. Si l’utilisation de la langue de Shakespeare est bien présente, la musique est quant à elle bien française. Avec son premier EP « Is it today or tomorrow” le projet crée ainsi  le gap nécessaire avec les mille et un groupes FR.

Ce quatre titres Moderne, synthétique est tout simplement cool (de l’anglais: “frais”). On imagine aisément Cléa Vincent chanter Anglais façon Molly Rankin (Alvvays), ou encore Kevin Parker (Tame Impala) danser en peignoir rosâtre un verre de vin rouge à la main. L’accent y est parfois french, et c’est tout à son honneur.  La basse fait des sauts en looping période « Le fric c‘est chic” et les guitares donnent un coup de fouet à la Rodgers sur des synthés pourtant très smooths. Tout au long de l’EP, un BPM très lent accompagne la douce voix de LUHA qui nous berce dans une dream pop perdue quelque part entre les prod 90’s et la modernité 2020 des synthétiseurs.

Parlons-en de ces “keyboards: rose, bleu; ils ont la couleur de l’artwork parfaitement maîtrisé de Vincent Trouillard, qui, dans le flou artistique style Leica, précise avec justesse la direction artistique du projet. La typo est simple, efficace, tout comme les pianos électriques ni trop savants, ni trop fades. “Chorus”, “Phaser” façon décollage immédiat, les effets des synthétiseurs sont nombreux à nous laisser planer dans une stéréo très catchy. Parfois quelques arpeggiato, laser synth, nous rappellent qu’il y a peut être un peu de Hip Hop Lofi très lointain dans tout ça. Ce mélange des genres donne une dimension “Men I Trust”, « Au Revoir Simone” qui plaira aux incommensurables Fans de “Nice Guys”. Aussi, la production rappelle celle des Parisiens de Coral Pink; pas étonnant quant on sait que les amis ont partagé une vue sur la tour Eiffel quelque part dans les suburbs franciliens pendant les enregistrements.

LUHA c’est aussi un export à l’international très récent, ayant prêtée sa voix pour un duo avec Hibou, le projet de l’ex Craft Spells. Les connexions musicales se font donc d’elles mêmes; une chose est sûre, LUHA a bien sa place dans ce monde Dream Pop. Finissons là-dessus: ce premier jet est une réussite. Presque déconcertante tant la maîtrise est grande pour un premier opus. Aucun doute, la Parisienne met des claques; de petites baffes sur les joues bien rosées de qui voudra embrasser son EP. Espérons que ce quatre titres ne soit pas qu’une tentative bluffante et qu’il se confirme par un album dans les mois/années à venir. Alors, LUHA, “Is it today or tomorrow” ?

QI

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GRAZER- Une nostalgie qui fait danser

Dream pop – AUS – crédit photo Grazer

Avec « Nostalgia Seed », le duo australien Grazer nous offre une ballade dream pop entraînante très réussie.

La graine de la nostalgie se sème dans une terre fertile. Cette terre, c’est la nappe musicale robuste formée de l’assemblage des guitares confuses et des mélodies délicates. La reverb, si bien dosée, donne une profonde douceur à cette mélancolie. Selon le duo australien composé de Matt et Molie, la nostalgie et la mélancolie semblent être à l’unisson, en témoigne ce poétique refrain: “I’ve been let down/ Vision starts to fade/ Time out of mind/ I wanna be your kind/ Nostalgia Seed” ponctué par de plus explicites “The way we used to be”. Le propos est sincère, personnel et imagé, interprété avec beaucoup de nuance. La complainte gagne en subtilité grâce à la voix émouvante de Molie, toujours sous la reverb qui donne à la partie vocale sa dimension céleste. 

Bien sûr, on retrouve des inspirations dream pop évidentes comme Cocteau Twins ou encore Beach House mais la musique de Grazer est plus enjouée qu’elle n’en a l’air. « Nostalgia Seed » est un morceau dansant, la rythmique est entêtante et les différents break-reprises nous permettent de reprendre notre souffle. Ce second souffle, si nécessaire pour apprécier la volontaire monotonie qu’offre « Nostalgia Seed », provoque l’envole du Papillon noir, symbole de la fragilité et de l’éphémère. Malgré sa linéarité, ce titre est riche en contrastes. La mélodie vocale langoureuse tranche avec une partie musicale plus incisive. 

Avec ce titre, Grazer renouvelle ce symbole. « Nostalgia seed » prouve que des émotions négatives peuvent nous faire danser. Une rengaine dream pop avouons-le.

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CHARLOTTE ADIGERY – « Bear with me » , un single enivrant, entre pop et soul !

Electro pop – Crédit photo Charlotte Adigéry

2020, l’année lors de laquelle notre tempo collectif s’est ralenti. Cette nouvelle rythmique a fourni à tous matière à réfléchir et à créer. Pour Charlotte Adigéry cela s’est concrétisée par l’écriture de cet entêtant titre qu’est Bear With Me (and I’ll stand bare before you). Ce titre inédit figure sur Foundation (sortie prévue le 07 mai), la première compilation du label Deewee créé par les membres de la tornade scénique Soulwax.

Avec sa rythmique froide, saccadée et pour autant terriblement entraînante, Bear With Me (and I’ll stand bare before you) s’inscrit dans la continuité de son dernier EP sorti en 2019, Zandoli et ses sonorités electro-pop protéiforme, lorgnant tantôt coté disco, tantôt coté soul. Dans ce nouveau titre, Charlotte Adigéry ausculte avec sensibilité et empathie l’étrange période que nous vivons, entre l’isolement imposé et la recherche de nouveaux moyens d’ouverture aux autres. Elle pose sa voix profonde sur une instrumentation dominée par le synthé et un beat percutant conçu avec son complice Bolis Pupul. Cette énergie assez instantanée est faite pour nous rappeler ces moments collectifs que la musique peut nous offrir. Elle parvient à nous faire danser dans un monde sans piste de danse. Charlotte Adigéry affiche déjà une grande maîtrise, on attend la suite avec une impatience non feinte et l’espoir d’une rencontre avec cette musique dans son écrin privilégié, une salle de concert.

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