JW FRANCIS – « Maybe », l’audace jazzy du vagabond Lofi

JW Francis – “Maybe” – 22 Mars 2021 –
crédit photo Sarlauf 

Une ouverture jazzy à la contrebasse façon A Tribe called quest, une ambiance chaleureuse de Blue Note, des lignes mélodiques si caractéristiques de la scène indie de Brooklyn… Pas de doute, ce « Maybe » offre un condensé de ce qui se fait et se faisait de mieux à Big Apple. Une ville cosmopolite, foisonnante de créativité et d’audace artistique, à l’image de ce nouveau titre de JW Francis.

Son premier album We share a similar Joy, sorti en fin d’année 2020 avait été acclamé par la critique. Nous aussi, nous avions été charmés par la Bedroom pop chaude et cosy du vagabond Nord-Américain (né dans l’Oklahoma mais résidant désormais à New York après un passage à Paris). Avec son nouveau titre « Maybe », JW Francis ajoute à sa composition agile la surprise et la déroute. D’abord par un mastering bien particulier qui évolue au fil du morceau. Parfois, la ligne de basse groovy et fringante est mise en avant ; tantôt, les aigus des guitares et des synthétiseurs reprennent le dessus. Ce savant et volontaire déséquilibre donne une véritable identité à ce « Maybe » qui s’affirme aussi à travers les effets vocaux plus ou moins lo-fi et les passages en scat singing, si caractéristiques du jazz.

Au-delà de ce mélange des styles et des prouesses techniques, « Maybe » reste pourtant bien un morceau pop. Insouciant, intense et passionné, ce titre, d’une musicalité exaltée, exprime pourtant l’anxiété causée par de difficiles prises de décision. Les multiples “I don’t know” et l’expressif “Don’t I know that” répétés à plusieurs reprises illustrent bien cette frustration. On comprend alors mieux les contrastes, les disparités rythmiques et les passages saccadés. Ces reliefs nous renvoient à nos fragilités et à nos indécisions qui nous subjuguent lorsqu’elles sont mises en musique par JW Francis. “Maybe” est donc cette vive émulation qu’on écoute en boucle depuis sa sortie le 22 Mars 2021.

BV

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FRITZ – Du lyrisme bruyant à la douce mélancolie

FRITZ – Pastel – Février 2021
Crédit photo Courtney Hardwick

Pastel est une œuvre en clair-obscur. Des nuances délicates entre des couleurs claires saturées et une profonde obscurité. La rencontre d’une candeur et d’une morne mélancolie. C’est cette alchimie qui nous accompagne à l’écoute de ce merveilleux deuxième album de FRITZ, projet solo de l’Australienne Tilly Murphy. 

Les premiers accords aux ornements fuzzy de la distorsion nous laissent sans voix. Pastel démarre en trombe avec « sweetie » dans lequel les riffs distordus des guitares complètent à merveille les mélodies vocales, enchanteresses et aériennes.  Un morceau shoegaze par excellence qui nous rappelle des modèles du genre comme Slowdive, My Bloody Valentine ou encore Ringo Deathstarr. La comparaison avec ces monuments n’est pas exagérée car l’album se construit sur des bases solides, une réelle cohérence rythmique qui se retrouve aussi sur l’utilisation adroite des effets de guitare. Les parties instrumentales et vocales s’entremêlent dans la plaisante cacophonie des artifices électriques, c’est ce qui définit le Shoegaze. 

« Arrow », le deuxième extrait et coup de cœur de la rédac, surprend par son intensité qui met en valeur un lyrisme sincère, réflectif et autobiographique : « I feel better I feel good somehow / And you’re pathetic but that’s the reason / Why I came to know my feelings / I was stupid but I feel better now ». L’incohérence des sentiments provoquée par le tourment amoureux est un thème maintes fois exploré, mais sous la main de FRITZ, il résonne bruyamment. 

Dans une récente interview, FRITZ déclare qu’elle a grandi personnellement et musicalement. Désolé pour cette formule toute faite mais cette expression prend tout son sens à l’écoute de plusieurs de ses morceaux. Le titre « Pastel » illustre ce passage de l’adolescence à l’âge adulte, qui ne semble pas être, selon FRITZ, une rupture avec l’enfance mais bien un simple passage au cours duquel les questions plus ou moins profondes de la personnalité trouvent réponse : « I can’t run as fast as you can / I have smaller legs than you / But I dress nicer / I’m much politer and my hair is blue ». 

Au fil de de l’album cette impression de clair-obscur semble se confirmer. On passe d’une tristesse consciente à une allégresse plus naïve, mais les frontières sont de plus en plus floues, plus pâles et plus poreuses. En témoigne le touchant et oxymorique « Die Happily ». Plus lent et toujours aussi noisy, ce titre phare de l’album exprime avec vive émotion la complexité des relations d’amitié. Ce morceau dream pop est caractérisé par l’utilisation d’une boîte à rythme et d’effets reverb assumés. La distorsion arrive à point nommé après une intro assez intimiste, elle vient appuyer la partie vocale qui gagne en puissance au moment du refrain. Il y a un travail de composition remarquable dans ce titre, sa linéarité ne laisse rien au hasard, les parties s’enchaînent avec précision et « Die Happily » se termine en apothéose. 

Tilly Murphy partage ses sentiments avec une fausse pudeur, un romantisme moderne à la fois sincère et discret mais Pastel n’est pas qu’un album introspectif, c’est une œuvre simplement belle qui nous donne de l’émotion sans détour.

BV

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CURRENT JOYS – Voyage à bord de la Mustang Rattigan

Indie Rock Lofi – crédit photo Current Joys

Certains artistes sont identifiables au premier tiraillement de la voix sur la bande. Current Joys est de ceux-là et nous emmène avecAmateur à bord de sa Ford Mustang pour un aller-retour de 4 minutes 30 dans la catharsis.

Tout commence par des guitares lofi jumelles se partageant la mélodie. “I listened to the Cure and then I cried” disait Nick Rattigan, dans un premier single presque dix ans plus tôt. On comprend pourquoi. Les guitares brutes, parfois chorusées, rappellent Robert Smith et sa bande et ont toujours participé à l’esthétique Current Joys. S’ajoute alors le piano, petit nouveau chez Rattigan qui nous avait habitué aux jouets du rock plutôt qu’au clavier; preuve que le chanteur, leader également du projet Surf Curse, a plus d’une corde à son arc. 

Les guitares forment alors la structure, le socle sur lequel les touches blanches et noires dans un arpeggiato très mélodique, s’expriment. Mélancolique comme une plainte pour laquelle on en vient à se complaire, les violons s’ajoutent à la discussion. La mustang démarre et la voix de Nick Rattingan  retentit. Loin d’être la plus belle, la plus juste ou la plus conventionnelle, mais sans aucun doute la plus sincère. Chaque mot vociféré est un poids en moins sur les épaules du chanteur, se délivrant de ses chaînes dans l’expression de soi. 

Avec habilité, Nick Rattigan dans un clip Homemade propose de mettre en image sa poésie. Une vidéo sur une route désertique du Nevada, emplie de références cinématographiques et littéraires. On retrouve avec “Amateur, la Psychose de Hitchcock dans un remake bien plus coloré; mais aussi les classiques de John Carpenter (The Things, Christine), prince du cinéma de l’horreur, dans une version moderne de “The Beauty and the Beast. L’auditeur assis sur le siège passager est spectateur des tiraillements du chanteur, bestialisé, qui dans sa colère, sa tristesse et sa peur, semble pourtant profondément humain. Dans ce “voyage” désertique,  on se prend alors d’affection pour le comte Current Joys, nous berçant dans sa mélancolie profonde et libératrice. 

Le single “Amateur” est à retrouver dans “Voyager”  nouvel Album de Current Joys
à paraître le 14 Mai 2021

QI

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CLOUD NOTHINGS – Retour sur un Album Pop Noise !

Indie pop punk – Carpark records

11 ans déjà que Cloud Nothings nous baladent dans les méandres de leurs expérimentations entre indie et punk teenage. Spontané et accessible (on pense aux premiers essais du groupe, ou encore à Life Without Sound) d’autres fois plus noisy, sombre et tortueux comme sur Last Building Burning. Avec The Shadow I Remember, Cloud Nothings donne l’impression de poursuivre ses pérégrinations, sinuant à travers leur courte histoire, s’essayant à la synthèse d’une décennie de musique et de tournées.

Le nouvel album de Cloud Nothings : The Shadow I Remember se veut plus pop, à revers de leur dernière sortie. Ici les mélodies sont accrocheuses, la rugosité noise de Last Building Burning mise au placard pour des refrains plus catchy, une production moins agressive (on retrouve Steve Albini aux manettes, producteur de l’Everest du groupe, Attack on Memory). On retrouve en revanche les gimmicks qui font la signature du groupe, les riffs rageurs, la rythmique toujours aussi ciselée et à même de s’emballer à tout moment. Surtout la gouaille à fleur de peau de son leader et parolier, Dylan Baldi est toujours présente. Celui-ci ne cesse de s’autoquestionner sur sa place dans ce monde tout au long de l’album « The world I know has gone away » en guise d’introduction (assez prémonitoire pour un album enregistré en février 2020), ou encore « Am I something ? Do you see me ? Does anybody living out there really need me ?» sur le single de l’album Am I Something.

Avec 30 minutes au compteur, Cloud Nothings ne perd pas son temps et distille plusieurs titres accrocheurs. Le premier coup d’éclat dès la 2e piste Nothing Without You  avec ce fringuant partage de micro et de refrain, rare dans la discographie de Cloud Nothings, qui fonctionne à merveille entre la voix éraillée de Dylan Baldi et celle cristalline de Macie Stewart. Dans la foulée, The Spirit Of tente de nous noyer sous les coups de boutoir vocaux ou encore A Longer Moon et sa montée en intensité que l’on aurait aimé voir se prolonger sur plusieurs minutes. The Room it Was clôt parfaitement l’album avec une énergie folle, et une conclusion vociférée par Dylan Baldi qui donne son titre à l’album.

Cet album est un roc de plus déposé par le torrent Cloud Nothings dans l’univers indie-punk. Accessible dès sa première écoute mais avec un goût de revenez-y propre à ces albums qui savent dévoiler des arrangements nouveaux au fil des écoutes. Le groupe déroule selon une recette qu’il maîtrise et ne semble pas prêt à se départir de ses désordres post-adolescents. On prend rendez-vous au prochain méandre pour la nouvelle variation proposée par Cloud Nothings.

A.D.

Clip de Am I Something

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HOORSEES : QUI S’Y FROTTE S’HIPPIQUE !

Hoorsees – Indie Rock – Howlin Banana Records –
Crédit photo: Lucas Martin

Dans la droite lignée de son premier EP Major League of Pain (octobre 2019), le quatuor parisien de Hoorsees revient au triple galop avec son premier album éponyme sorti le 19 février 2021, véritable pépite pop rock au parfum de nostalgie. La bande à Alex Delamard nous entraine dans une folle chevauchée introspective, à la rencontre de « toutes les galères » qui finissent « par nous manquer une fois franchie la porte du monde des adultes », comme le précise un communiqué du groupe.

UNE CHEVAUCHÉE DANS LES NINETIES

Après une intro tom basse / caisse claire (toujours signe que l’on va passer un bon moment), le premier morceau Overdry nous transporte dans un songe mid-fi où défilent les souvenirs d’une adolescence tantôt insouciante, tantôt langoureuse. La magie onirique perdure jusqu’au dernier morceau, Waterfall, habilement introduit par des notes de guitares évoquant des gouttelettes d’eau, qui prennent de l’ampleur et finissent par nous submerger.

Si l’album évoque la jeunesse, la musique, quant à elle, est bien mature, alternant entre des morceaux lumineux comme Instant Tea (énergique à en renverser sa tasse !) et plus ténébreux comme Pitfall, emmenés par la voix saisissante d’Alex rappelant parfois celle de Nick Rattigan de Current Joys. Tous les titres nous plongent dans l’univers nineties avec une certaine virtuosité ; la filiation est d’ailleurs évidente avec des groupes rock de l’époque comme Pavement, voire des références plus shoegaze comme Chapterhouse ou My Bloody Valentine – comme le laisse deviner Youth, la première démo du groupe sortie en 2017, délicieusement lo-fi et un brin plus énervée. 

A CHEVAL SUR LE VISUEL !

Le travail effectué sur le visuel doit également être salué, tant les clips accompagnant l’album paraissent en osmose avec les sensations éveillées par l’écoute. Filmé dans un style VHS qui accentue l’immersion dans les années 90, le clip d’Overdry, tourné au Soleil-Club, restaurant antillais aux faux airs de Macumba Night, montre un concert du groupe dans une salle vidée de ses clients (sans doute une prémonition…), avec des images floutées qui donnent corps à la rêverie. Un concept analogue est appliqué dans le clip de Videogames, où le groupe partage son temps entre une bonne chicha des familles et des parties de Tony Hawk’s Underground sur Playstation 1.

Dans une récente interview, le groupe regrettait l’impossibilité présente d’effectuer des concerts (comme nous les comprenons…), exprimant le sentiment que sortir cet album pendant cette période était comme le « jeter à la poubelle ». Alors, sachons jouer les chiffonniers !

B. F.

Clip de Overdry 

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MINT JULEP- Aux portes du Soleil avec « Distance Swimmer »

MINT JULEP – DISTANCE SWIMMER
Electro dream pop 

Il pleut sur le soleil; si bien que l’on ne distingue plus les spectres des couleurs. Pourtant depuis le magma embrumé respire une voix, celle d’ Hollie Kenniff. De loin trouve l’écho suffisant pour nous emporter dans l’onde sa nage “Distance Swimmer”. A travers le rideau chromatique des synthétiseurs – de celui que l’on appelle parfois “Goldmund” ou “Helios”-, les machines de Keith Kenniff s’entremêlent sans ne jamais nous perdre. Avec intelligence, dans un équilibre parfait, l’instrumental de Mint Julep laisse alors à la voix toute sa place, toute sa magnificence. On reconnaît là, les prouesses des Still Corners, Beach House ou encore Cocteau Twins et Slowdive, piliers du genre Dream pop. La version que propose Mint Julep est pourtant plus électrique et actuelle. Si la danse reste lente, douce et répétitive, les  arpèges infinis des guitares des Kenniff ont les couleurs aurorales de la pop.

Difficile alors de ne pas tomber sous le charme de Distance Swimmer. Six minutes de contemplation du monde encore endormi, épuisé par la  fête; comme une dernière song pour soi- même avant de plonger à notre tour dans les eaux troubles du beau Morphée.

QI

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SMOTHERLY LOVE, rêveries pop en East Anglia

SMOTHERLY LOVE – psych-indie pop (UK)

Smotherly Love, c’est le projet solo de Sam Masters. Ce jeune multi-instrumentiste, originaire de Norwich et résidant désormais dans l’Essex, laisse présager un futur radieux pour la scène indie émergente du sud est de l’Angleterre. Sorti en Décembre 2020, cela fait déjà quelques mois que son EP « Predestinate Grooves » est disponible, mais il nous semblait indispensable d’écrire quelques lignes sur l’un de ses titres tant le coup de cœur est vif.

credit: Smotherly Love

Nous avons choisi Effort vs. Reward, un hymne lo-fi, une combinaison d’envolées psychédéliques aux reflets britanniques plus pop et plus réguliers. On perçoit quelques inspirations, Pond, Melody’s Echo Chambers ou Post Animal peut-être et certainement l’inévitable Kevin Parker (Tame Impala) car la composition, seule œuvre de Sam Masters, est extrêmement adroite. Les gammes chromatiques offrent un contre-chant envoûtant, une douce extase provoquée par des effets abondants mais si bien maîtrisés.

Smortherly Love se définit comme psych-happy mais on ressent dans Effort vs. Reward une certaine peine, un travail sisyphéen. Cette recherche de l’absolu débute lorsqu’on perçoit au loin la voix quasi-mystique de Sam Masters qui scande des paroles sans équivoque : « I’m trying too hard to make you love and it isn’t working ». L’amour n’est utilisé qu’en exemple pour illustrer le tourment d’une quête. Avec Effort vs. Rewards nous avons une preuve que l’effort fait la beauté. L’accomplissement n’a finalement peu d’importance et Smotherly Love nous propose un imaginaire heureux dans lequel l’épreuve est un émerveillement.

B.V

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BEACH SCVM, Punk’s not dead in Toulouse

BEACH SCVM – Surf Punk (FR)

Beach Scvm – Crédit Photo: Marc Bonifacy

BEACH SCVM, les Pop Punks des plages Toulousaines balancent « Sand Club« . Un 5 titres puissant et mélodique surfant la vague du Rock Indé. Mais Si Pool Friends ouvre le bal d’un EP summertime, les trois gars de la ville rose montrent que derrière leurs lunettes noires, les traces du soleil se font rares. Après le tourbillon garage de Rainy Day, la parfaite hymne Indie de Waking Up. C’est finalement Turquoise et Heart Attack qui viennent nous émouvoir désignant des plages parfois loin des cartes postales. Alors on rembobine et on écoute encore se demandant si c’était pas mieux avant. Aucun doute, la Tapes des Beach Scvm est vraiment bien ficelée. A l’occasion de cette petite bombe indé, Jurassic Pop a voulu en savoir un peu plus.

Jurassic Pop (JP): Hello Beach Scvm, dites-moi, est-ce qu’on peut réellement surfer à Toulouse ?

Matteo : Hello Jurassic Pooooop!! Très cool nom déjà!! Hélas on ne peut surfer que le bitume, mais c’est là où je me débrouilles le mieux, sans eau, notre océan c’est la route. 
Lucas : on peut faire du skate …
Maël : moi je surfe dans la Garonne après une grosse soirée au quais de la Daurade

JP: A l’écoute, j’y entend Surf Curse, Los blenders, Beach Goons et autres projets surf/Punk. Y’a t’il une réelle culture du son chez Beach Scvm ou est ce qu’on se branche aux amplis et on voit ce que ça donne ?

Matteo : Carrément, et merci parce qu’on adore ces groupes, vraiment. Culture du son dans le sens vraiment « théorique » ? Si c’est ça, alors non, on compose ce qui nous plait et ce qu’on aimerait entendre en festival sous un soleil de plomb sans trop se soucier de pourquoi telle note.. Mais on ne branche pas non plus la guitare et c’est tout, cependant ça vient toujours du cœur et un peu à l’instinct. Mais c’est pas du freestyle non plus.
Lucas : on a une certaine recette sonore, toujours utiliser une spring reverb sur les guitares. le reste on expérimente au fur et à mesure
Maël : disons qu’il y a toujours une part d’inspiration mais qu’il y a toujours une grosse part d’envie

JP: Votre musique fait souvent référence aux souvenirs de l’enfance, C’est par goût de l’esthétique vintage, c’est plus profond que ça ?

Matteo : Alors, l’esthétique vintage vient habiller le tout, mais principalement parce que perso, je pense que l’enfance c’est l’insouciance, et l’on regarde tous avec nostalgie ces moments là quand on était gamins, où l’on ne pensait pas à l’avenir, toute ces choses nous passaient au dessus de la tête. C’était génial quand on y pense. J’ai vraiment plein de souvenirs heureux de mon enfance, en vacances à la plage, c’est vraiment ce mood qu’on essaye de retranscrire en musique. Ça me tient réellement à cœur. Après elle fait tout autant référence à de bons moment passés aujourd’hui. Ce mood permet de faire une pause dans ce monde qui ne nous laisse pas le temps. 
Lucas : c’est notre aesthetic du quotidien, notre identité, notre mood. Le vintage on adore ca, puis c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupelettes non ?
Maël : l’esthétique vintage c’est carrément notre style, mais c’est aussi plus profond car on a une part de mélancolie pour les bons moments vécus, surtout en ces temps, c’est le moment de se remémorer ses meilleures vacances avec ses proches

JP: Beach Scvm, c’est trois gars dans la bande. (guitare/basse/batterie). On peut noter cependant que plusieurs guitares sont jouées simultanément sur votre EP. Comment ça se passe sur scène dans le choix des arrangements ?

Matteo : Exactement, pour la scène c’est la basse qui fait les mélodies que peut faire la guitare sur la version studio. En live on est plus sur l’énergie, notre côté punk, plutôt que de shoegazer.
Lucas : Sur scène, on va au plus simple et au plus efficace. Puis si on devait avoir un guitariste pour chaque plans, on serait bien 6 ou 7 sur scène …
Maël : ouais on est pas assez bien payés pour embaucher 4 personnes en plus aha

JP: Vous faites échos à maintes reprises à la saison estivale, la plage, les rires et les amis. Cependant vous sortez votre EP en hiver et plusieurs de vos compositions sont mineures, bien plus sombres qu’elles n’y paraissent au premier abord. Beach Scvm ne serait-il pas une façon déguisée d’adoucir un peu la névrose et la morosité des temps actuels ?

Matteo : C’est bien vu! Peut être bien que cet EP oui.. les prochaines chansons sont bien bien moins sombres ça c’est clair. Je penses que tu fais écho à Turquoise, ce titre a été composé à l’île Maurice, un endroit paradisiaque pour moi et ma passion pour la plage, cependant j’ai appris que mon meilleur ami était très malade à ce moment là, donc oui cette chanson est très sombre au final, c’est le contraste de sensations que je voulais montrer.
Lucas : c’est totalement ça! on veut juste faire relativiser les gens sur la vie, leur faire prendre du recul. puis comme dirait stéphane plaza, derrière les nuages les plus noirs, le ciel est toujours bleu
Maël : Mattéo a tout dit

JP: Votre Ep est très cohérent, tant dans l’esthétique que dans la composition. Les chœurs  sont chaleureux, les fender alternent entre réverbe et disto crunch: c’est clairement le crédo de l’indie pop/punk. Est ce que l’on peut être surpris à l’avenir par d’autres horizons artistiques qui viendraient brouiller les pistes ?

Matteo : Merci! Alors brouiller les pistes je ne pense pas, on garde notre univers et notre ligne directrice, après, des sonorités différentes oui, tout en restant dans notre identité, on ne peut que s’améliorer donc on va amener plus de solaire, plus de brillant, plus de ce qu’on aime faire et ça va être top!! 
Lucas : On compte pour le moment garder nos surfs sur la vague indie, peut être dans une paire d’année on fera du zouk ou du jazz, rien n’est impossible (oui j’exagère un peu)
Maël : carrément, on reste dans la ligne directrice mais méfiez vous il reste pleins de surprises futures dans les compositions et l’esthétique des morceaux 

JP: Trêve de bavardage, on se prend un verre, qu’est-ce qu’on commande ?
Matteo : Un mojito allez, à l’eau de mer. Yew!
Lucas : un verre de ricard, avec un peu d’eau.
Maël : un whisky sour avec beaucoup de whisky

JP: Allez !


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FRÀNÇOIS MARRY, DANS L’INTIMITE DES ATLAS MOUNTAINS

Frànçois and The Atlas Mountains – Banane Bleue – Indie pop Fr
Crédit photo: Oihan Brière

François Marry nous laisse comme suspendu dans le temps; à travers Banane Bleue, la tête pensante des Atlas Mountains surprend encore par un nouvel album empli de grâce et d’élégance. Évadé de ses dunes de lin (Solide Mirage – 2017); le Nomade moderne nous plonge ici dans une profonde introspection. Banane Bleue est un condensé de douce pop, qu’il fait bon se mettre sous la dent. 

Entre introspection et partage universel

Presque quatre années se sont écoulées depuis Solide Mirage. Qu’il nous a semblé long le temps du Perpétuel été. De l’écho des Sirènes Arabes du précédent  album ne reste que l’ondulation des longs voyages sur les eaux, dix titres épurés comme dix histoires contées dans le plus grand des silences. 

Banane Bleue, invite à prendre de la hauteur sur les mélodrames du quotidien. A travers, “Coucou”, “Revu”, “tourne autour”, “par le passé” François Marry décrit avec dérision le manque de singularité des histoires de tous les jours. Les Atlas Mountains chantaient pourtant “jamais deux pareils” en 2017. A travers Banane Bleue cette distinction est moins visible. François nous donne l’impression d’être ensemble dans des tragédies communes.

Comme toujours, les Atlas Mountains semblent se délier des frontières. Banane Bleue, nous plonge ainsi au cœur de l’Europe. Des titres comme The Foreigner, Holy Golightly, ou encore Julie, chantés en Espagnol, Anglais et Français nous font prendre conscience que la barrière de la langue n’est qu’illusoire, tant les mots finissent par trouver sens dans des compositions qui respirent.

Des mots bleus

Crédit Photo: Sarah Arnould

Banane Bleue se chante dans la continuité poétique des 6 autres albums sous le nom “Atlas Mountains”. On y retrouve une certaine puissance dans le choix des mots, tantôt liquides, tantôt percussifs, marquant au fer “bleu” les péripéties de François au gré des voyages. 

Cependant, à travers Banane Bleue, nous est donné la sensation que cette puissance est profondément ancrée dans la réalité du quotidien. On se surprend d’ailleurs à être touché par des mots comme “coucou”, “Brosse à dent” (Coucou) ou encore” porte-monnaie” , “la pluie”, “cet après- midi”(Julie) qui nous plonge dans un réalisme Balzacien.  Mais il n’est pas si loin encore le grandiloquent Baudelaire ( François Atlas – les fleurs du mal – 2018). Ainsi, dans “Tourne autour”, c’est un festival de poésie qui se chante sans complexe, donnant l’illusion que les mots, même les plus savants, sont à la portée de tous; et nous berçant un peu plus encore dans le bleu des milles et une nuits sous l’Atlas.

“Tu ne perds rien pour attendre, silence absence demain
Je ne perds rien en retour, construit la tour qui de loin
Te surveille et j’y séjourne, joue la distance, prince malin
Te ferai croire que se détourne l’histoire vers d’autres lointains
Irai faire luire mes atours aux reines de chair de satin
Reviendrai croiser le fer de ton cœur de chienne au besoin”

Un Voyage éclectique

Parler d’influences chez François Atlas est toujours un pari risqué, tant les mots et les notes se nourrissent du Monde. Si parfois le groupe transpirait des parfums de Rumba et de mélodie Maghrébine (E Volo love – 2011 ) il semblerait que le passage au Royaume-Uni ait laissé lui aussi quelques traces dans les rếveries de François Marry. Au cœur de Banane Bleu, des titres comme Julie ou  Holly Golightly rappellent la twee pop des Pastels  de Glasgow ou autre Belle and Sebastian. A contrario, d’autres titres comme Coucou donnent l’impression d’avoir toujours existé, du temps où Pierre Loustaunau participait au projet (aka Petit Fantôme). D’autres morceaux comme Lee-Ann et lucy ou  “Dans le taxi” reprennent sans clichés quelques  rouages de pop fin 80’s pour laquelle on se laisserait tenter d’imaginer un Etienne Daho en forme de Pop Satori venir y prêter sa voix.

Il ne fait aucun doute, François Atlas demeure ce gars du monde, qui voyage à travers le temps et l’espace et pour lequel on ne se lassera jamais d’en “ faire le tour”. 

QI

JOHN MYRTLE, le jeune espoir de la Pop Anglaise !

JOHN MYRTLE – Indie Pop (UK) – Get Her Off My Mind – Single

John Myrtle – Get Her Off My Mind

Plonger au cœur de l’année 69 en 2021 c’est possible. La preuve avec John Myrtle ! Le Londonien aux couleurs primaires s’empare des canevas de la pop Anglaise renouvelle le genre sans trop en faire. Si l’on y voit aisément les Beatles et les cadors du Swinging London, la rythmique soutenue, les semblants de touches électroniques et les arrangements chorus évitent la redite . Les voix s’entremêlent sur un refrain à peine croyable, un vibrato retenu, une tonalité à la limite du falsetto, notre homme dégaine du pistolet d’or un condensé de Pop Moderne qui transpire le Royaume-Uni. On imagine presque les fabuleux danseurs du Big Bazar de Fugain passer outre manche rejoindre le prodige Anglais. Quelle classe !
Q.I

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